Keur Gui (communément appelé Keur Gui Crew ou Keur gui de Kaolack) est un groupe de rap sénégalais originaire de Kaolack, ville située à 192Km de la capitale, Dakar. Il est formé des rappeurs Kilifeu et Thiate. Ce groupe est connu pour son engagement, ses textes virulents à l’égard des politiques mais aussi pour le look original des rappeurs qui le composent.
Le groupe Keur Gui a été formé en 1998 à Kaolack. En wolof (langue la plus parlée au Sénégal), Keur Gui signifie la maison. Le groupe comptait, à ses débuts, trois membres : Kilifeu (le chef de la maison), Taaw (l’ainé) et Thiate (le benjamin). Très vite, le groupe opte pour le style hardcore et prend position contre le régime socialiste qui était en place à l’époque. À travers leur musique, il dénonçait les maux de la société et les dérives des politiques notamment celles d’Abdoulaye Diack qui était alors maire de Kaolack. Le jeune trio porte désormais la voix des kaolackois notamment celle de la jeunesse. La popularité grandissante du groupe dérangeait les autorités municipales qui les qualifiaient « de voyous». C’est ainsi qu’en 1999, les trois rappeurs furent séquestrés, tabassés et emprisonnés à l’instigation du maire. Cet épisode douloureux renforcera la détermination du groupe qui continuera à faire la sourde oreille face aux menaces et intimidations des politiques.
Première Mi-temps :
Ayant acquis une certaine notoriété au niveau local, Keur Gui entend désormais mener le combat au niveau national. En 2000, le groupe tentera, donc, de sortir son premier album intitulé « Première Mi-temps » mais cet album ne verra jamais le jour puisque censuré. Quelques temps après ce revers, Taaw quitte le groupe. Kilifeu et Thiate se retrouvent seuls une première fois mais réussiront tout de même à sortir leur premier album intitulé « Kéne Bougoul » en 2002.
Kéne Bougoul :
En wolof, Kéne Bougoul signifie littéralement « personne n’en veut ». Ce terme est souvent donné comme prénom aux enfants qui ont eu des grands frères/sœurs mort s né(e)s ou disparus très tôt. C’est une manière de conjurer le sort. Le groupe Keur Gui a utilisé ce terme en référence à leur album « Première mi-temps » qui n’a jamais vu le jour et qui peut donc être considéré comme mort-né. Cet album permettra au groupe de se faire connaitre sur le plan national avec une série de concerts à travers le Sénégal et des concerts de sensibilisation avec des ONG sur la pauvreté, la famine, les maladies telles que le Choléra, le Sida, etc… C’est en ce moment-là aussi que le groupe adopte un look assez particulier qui le démarquera des autres groupes de rap sénégalais. Désormais, ils apparaitront en public torse nu. Ce choix s’explique par le fait qu’après leur séquestration, on les a libérés sans leur rendre leurs habits. C’est donc leur manière à eux de marquer ce fait majeur dans l’histoire du groupe. Cependant une seconde explication a été donnée par Keur Gui : selon eux se sentir obligés de porter les habits à l’occidental est une forme de colonisation mentale et se mettre torse nu c’est renoncer à cette colonisation. Au-delà de cette « nudité », Kilifeu et Thiate arborent deux symboles forts : une coupe Afro qui montre leur retour à leurs racines africaines et une montre au niveau des biceps comme pour montrer que le temps presse et que l’heure est au boulot.
Liy Raam :
Après avoir acquis une certaine renommée dans le milieu du rap sénégalais grâce à son premier album, Keur gui sortira en 2004 un deuxième album qui s’intitule Liy Raam. Cet album sera celui de la confirmation avec des lyrics encore plus percutants et une analyse aussi critique que pertinente de la situation politique du Sénégal. Dans cet album, ils s’attaqueront à de nouveaux thèmes tels que le panafricanisme avec le morceau « coup de fil à l’occident ». Dans un hip hop sénégalais dominé par les rappeurs de Dakar, Keur gui réclamera une place plus importante pour le rap des régions. Ils militeront pour la décentralisation du Rap sénégalais dans le morceau « mission bi » qu’ils feront en featuring avec Maolana Séga Soul et le talentueux Mollah Morgun. Ce dernier, ami de Kilifeu et Thiate, posera sur deux singles que sortira le groupe en 2005. Il sera finalement membre à part entière de Keur Gui.
Nos Connes doléances :
En 2009, Keur gui sort son troisième album intitulé « Nos connes doléances ». Cet album, fruit de quatre ans de travail, sera l’album de la consécration. Toujours fidèle à lui-même, le groupe se montrera encore une fois très sévère avec le régime libéral, notamment sur les morceaux «Coup de gueule » et « Tayinagne ». Il mettra à nu l’échec du régime de l’alternance. Mais le morceau qui fera le plus de bruit dans cet album est sans doute « Autopsie » où le groupe descend certains rappeurs dakarois et proclame la mort du « Rap Dakar » qui n’est rien d’autre que le Rap dakarois. Le groupe a atteint une certaine maturité et cela se ressent dans l’écriture et les productions de « Nos Connes Doléances ». Keur Gui qui se dit « ennemi numéro 1 » des gouvernants sénégalais est désormais un des crews les plus aimés et les plus respectés du hip hop. Suite à ce succès rencontré par leur album, le groupe entamera une série de tournées au Sénégal, aussi bien dans les grandes villes que dans les endroits les plus reculés du pays où les artistes n’ont pas l’habitude de se rendre. Keur Gui donnera aussi des concerts sur le plan international notamment dans les pays la sous- région et en Europe. C’est ainsi que suite à un concert donné en Espagne, Mollah Morgun décide de ne pas rentrer au Sénégal. Il souhaite rester et tenter sa chance. S’en suivra une grosse polémique et des échanges de « politesse » par médias interposés entre Morgun d’une part et les deux membres fondateurs du groupe d’autre part. Ces derniers, se retrouvent une nouvelle fois seuls. Ils décident de continuer le chemin seuls tout en rappelant qu’ils étaient là depuis le début, ce qui n’est pas le cas de Morgun. Par ailleurs ils décident de ne pas répondre aux attaques répétées de Mollah Morgun et de ses fans. Cependant, lors d’une sortie à la radio, Morgun a mis de l’eau dans son vin et a affirmé qu’il n’y avait aucun problème entre lui et Keur Gui.
Y’en a Marre :
En Février 2011 les rappeurs du groupe Keur Gui et le journaliste Fadel Barro ont créé le mouvement de protestation « Y’en a Marre ». Ce mouvement est né de la volonté de ces rappeurs de mettre en application les idées « contestataires » qu’ils défendent dans leur musique. Ils seront rejoints dans leur combat par d’autres rappeurs, des intellectuels sénégalais et des acteurs de la société civile. Très vite leur slogan est devenu le cri de ralliement de millions de sénégalais. « Y’en a marre » jouera un rôle décisif le 23 Juin 2011 en appelant les sénégalais à sortir dans la rue et de manifester contre contre le projet de loi du président Abdoulaye Wade, visant à modifier la Constitution et cherchant ainsi à se faire élire en un seul tour de scrutin avec 25% des voix[1]. Ce succès retentissant du mouvement ne laisse pas les politiques indifférents. En effet, pendant que certains essaient d’enrôler Kilifeu, Thiate & cie à coup de millions, d’autres usent de méthodes plus radicales : tentative d’intimidation, menaces et même emprisonnement mais c’est sans compter avec la volonté de fer des « Yen-a-marristes », comme on les appelle, qui ne se laissent pas faire et qui comptent mener à bien les différentes campagnes citoyennes entamées : « NTS : Nouveau Type de Sénégalais, Daas Fananal qui est devenue Fanané Daas ».
Le style de Keur gui :
Prophètes de la rue pour certains, insolents pour d’autres, les rappeurs de Kaolack ne laissent pas indifférents. Avec des paroles crues et des lyrics explicites, leur musique est à classer dans la catégorie « Rap Hardcore ». Leurs principaux thèmes sont la dénonciation des conditions de vie difficiles des sénégalais, la description (sous sa face la plus sombre) de la société sénégalaise, etc. Keur Gui est également le premier groupe sénégalais à introduire une différenciation géographique dans le rap avec l’opposition Rap Dakar vs Pinkou Side (soit l’opposition entre le rap dakarois et le rap des régions). Ceci est d’ailleurs la principale cause du « Beef » qui les oppose à Gaston (Rappeur de Dakar). Le look des rappeurs de Keur Gui fait également beaucoup jaser : en effet, ils apparaissent en public torse nu, montres à l’avant bras et arborent coupe afro imposante.

Salut, sais-tu où je pourrais trouver les albums de Keurgui ?
RépondreSupprimertrès bon article
peace
Merci beaucoup. Il est malheureusement de se procurer des albums sur internet ! Juste quelques morceaux ici et la sur Youtube
Supprimerdommage, merci de ta réponse
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